La reconversion d'Esch-Belval

Série sur les reconversions de sites industriels (I)

Puisque "Le Virus" nous empêche actuellement de vous proposer les voyages d’études auxquels vous avez souvent été nombreux à participer, nous avons pensé intéressant de vous rappeler la genèse de la création de quelques-uns de nos sites visités, mais aussi de vous décrire leur évolution actuelle au niveau de l’aménagement du territoire.

Pour débuter la série, nous vous proposons le site de Belval, au Grand-Duché de Luxembourg, dont les succès de la dynamique d’aménagement auront peut-être bien inspiré notre actuel gouvernement wallon…

© Les Meloures

La reconversion d'Esch-Belval

En juin 2014, la Maison de l’Urbanité avait organisé une visite du site de Belval (aussi appelé "Esch-Belval"), situé sur les communes d’Esch-sur-Alzette et de Sanem, au Grand-Duché de Luxembourg. Ce site de 120 hectares était alors en pleine phase de reconversion urbaine suite à l’abandon de la sidérurgie luxembourgeoise.

Où en est-il à présent ? Faisons le point sur son histoire et retraçons son évolution récente.

Origines

À la fin du 19ème siècle, une source d’eau minérale est découverte à Belval, puis exploitée et commercialisée.

Au début du 20ème siècle, la forêt environnante est défrichée pour faire place à une usine sidérurgique comprenant haut-fourneaux, aciérie et usine de laminage. En 1913, le site permet à 3.000 travailleurs d’y maintenir une production élevée.

En 1965, l’aciérie est modernisée et les six hauts-fourneaux d’origine sont remplacés par trois nouveaux plus performants.

En 1993 débute le ralentissement progressif des trois hauts-fourneaux d'Esch-Belval. L’un d’entre eux est vendu à un groupe sidérurgique chinois en 1995. Il sera démonté et embarqué pour être reconstruit à l’identique en Chine. Finalement, le dernier haut-fourneaux encore en activité à Esch-Belval est définitivement mis à l’arrêt en 1997.

Début de la reconversion et lancement du Fonds Belval

En 2000, la société de développement "Agora" fut fondée par l’Etat luxembourgeois et le groupe sidérurgique Arbed. Cette société avait pour objectif de réhabiliter les anciens sites industriels du sud du pays, dont Belval. Sur ce site, l’ambition est de réaliser un quartier urbain moderne et dynamique.

Dans la foulée, en 2001, un Masterplan est réalisé par le cabinet hollandais d’architecte Jo Coenen et le cabinet d’architecte-paysagiste Lubbers.

En 2002 se créée le "Fonds Belval", un établissement public qui assume le rôle de Maître d’Ouvrage pour la construction des équipements de l’Etat sur la friche industrielle. Ce fonds doit développer des projets, depuis l’établissement du programme de construction jusqu’à la mise en service des ouvrages (notons que, depuis 2015, le Fonds Belval détient également la gestion des infrastructures qu’il construit). Le premier projet du Fonds Belval consista en la réalisation de la "Cité des Sciences, de la Recherche et de l’Innovation".


La Cité des Sciences, avec les vestiges des deux hauts-fourneaux restants du site.

Une suite ininterrompue d’inaugurations et de développements

Depuis lors, les projets s’enchaînent à un rythme élevé : qu’il s’agisse de logements, de bureaux, de commerces, de lieux de savoirs et d’enseignements, de bâtiments à vocations culturelles ou de divertissements, chaque année voit se développer le site de Belval, améliorant constamment son attractivité.

Dès 2005, la plus grande salle de concert du Grand-Duché du Luxembourg, la "Rockhal", ouvre sur le site.

En 2006 se déroule la réouverture officielle du site de Belval, avec l’inauguration d’un emblématique bâtiment rouge où emménagent 1.400 employés de la Dexia.

En 2008 ouvre "Belvalplaza", un centre multifonctionnel de logements, de commerces, d’établissements du secteur horeca et d’un complexe cinématographique.

Les premiers habitants de "Belval Nord" s’installent en 2009. La même année, la "Maison du savoir", bâtiment central du futur campus universitaire, est inaugurée.

En 2010, Belvalplaza s’agrandit et une nouvelle gare ouvre ses portes.

L’année 2011 voit l’ouverture d’un hôtel Ibis et du lycée Belval. Parallèlement, le campus universitaire continue son développement avec l’inauguration de la "Maison de la Biomédecine".

En 2012, une pépinière d’entreprises (Technoport) s’installe au sein de l’ancienne usine sidérurgique. D’autre part, un bâtiment administratif de l’Etat de 60 mètres de haut voit le jour.

En 2013 est lancée la construction d’une nouvelle bibliothèque universitaire.

Visite de la Maison de l’Urbanité

À partir de 2014, le site des hauts-fourneaux, entièrement rénové, est accessible aux visiteurs et propose un parcours pédagogique sur le passé de la production d’acier à Belval.

C’est cette année-là que la Maison de l’Urbanité organise une visite du site, pour faire (re)découvrir la société de développement Agora, le Fonds Belval, l’Observatoire Belval et pour visiter les développements du quartier universitaire, à l’aube de sa première rentrée académique.

Que s’est-il passé ensuite ?

En 2015 est inauguré un nouveau parc, dénommé "Um Belval" et réalisé par les bureaux Elyps et l'agence Ter, se déployant sur 8 hectares d’espaces verts aménagés.


Le skatepark d'Um Belval. © Agora

En septembre de la même année a lieu la première rentrée universitaire. En parallèle s’ouvre la première résidence pour étudiants.

L’évolution principale de l’année 2016 concerne la mobilité : un nouveau tunnel de 735 mètres sous Belval est ouvert à la circulation après 10 ans de travaux, devant constituer à terme un des éléments du nouvel axe routier entre le Grand-Duché de Luxembourg et la France.

En 2018, les quartiers de "Belval Nord" et de la "Terrasse des Hauts-Fourneaux" sont entièrement commercialisés. La bibliothèque universitaire ouvre ses portes.

Au total, le site compte à présent 3.000 habitants, 5.700 étudiants et chercheurs et plus de 8.500 salariés. Il se divise en 5 sous-quartiers :
- la Terrasse des Hauts-Fourneaux, cœur de l’ancien patrimoine industriel et accueillant les activités les plus "vivantes" de Belval (c’est là que se situent l’Université, la salle de concerts Rockhal, les surfaces commerciales de Belvalplaza, etc.) ;
- le Square Mile, principalement le quartier des affaires de Belval ;
- le Parc Belval, s’étendant sur 19 hectares avec des infrastructures sportives et de détente ;
- Belval Nord, quartier de logements ;
- Belval Sud, quartier de logements.


De l'avant-plan à l'arrière-plan : la Terrasse des Hauts-Fourneaux, le Square Mile, le Parc Belval, Belval sud (à gauche) et Belval Nord (à droite).

Conclusions

À la lumière de l’exemple luxembourgeois de Belval, il semble être effectivement plus que temps de s’attaquer frontalement au devenir de nos propres friches industrielles plutôt que de grappiller de nouveaux territoires non-artificialisés.

Fin avril 2020, Willy Borsus, Vice-Président de la Wallonie, qui a notamment l’Economie et l’Aménagement du Territoire dans ses attributions, a donc lancé un "Plan Friches" en Wallonie.

Le but de l’opération est de racheter de grandes friches industrielles pour y développer de nouvelles activités économiques génératrices d’emplois. Les sites concernés sont ceux de Carsid à Charleroi (108 hectares) et d’ArcelorMittal à Liège (282 hectares répartis sur 4 sites).

Cette politique s’appuiera sur les principes suivants : la décontamination des sites, l’accès à la maîtrise foncière et la cohérence du développement territorial. Ce "Plan Friches" contribuera à atteindre l’objectif wallon de parvenir à dépolluer et reconvertir 100 hectares par an.

Willy Borsus rappelle que "la Wallonie compte 5.600 sites pollués, pour une superficie de 22.047 hectares, soit 1,3% du territoire wallon".

Espérons que notre "Plan Friches" soit une réussite, car il ne s’agit pas d’un luxe pour notre région, c’est une vraie nécessité !

Jérôme Sauveur

Mis en ligne le 25 mai 2020