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LA FRICHE URBAINE, UNE RÉSERVE FONCIÈRE PRIORITAIRE ?

  • Caroline Rondelle
  • 20 avr.
  • 4 min de lecture

Rapport de l'Urba-Débat n°9

Rapidement, un consensus apparait. Ces espaces sont une ressource foncière à prioriser dans les centres puisqu’il s’agit de terres déjà artificialisées. La réhabilitation des friches permet de construire la ville sur la ville et répond à l’enjeu de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Cependant, il n’est pas question de faire cela n’importe comment ! 

 


Comme le rappel Aurélie Cauchie (Canopea), il n’existe toujours pas de définition de friche arrêtée. Dans le Code de Développement Territorial (CoDT), seuls des sites à réaménagés (SAR) de fait ou de droit sont mentionnés. Ils concernent les sites désaffectés d’activités économiques, d’activités sociales, d’activités sportives ou culturelles mais ils ne concernent pas les logements inoccupés. Presque toutes les communes de Wallonie possèdent au moins un SAR reconnu (245 sur 262). En tout, il existe 2058 sites qui, au total, couvrent une superficie de 3224 ha.

 

Alors, les friches sont une réserve foncière pour la création de logement ? Oui potentiellement. Le projet Felon-Lange à Huy, présenté par Sydney Vandenhende, démontre que dans certains cas, les friches offrent un cadre adéquat à la construction de logements : en centralité, proche de commerces, de services, de lignes de transports en commun. De plus, ce site était déjà nettoyé de toutes traces de l’ancienne industrie et dépollué. Pratique !


Donc, création de logements oui, mais pas uniquement !

 

D’abord, il est nécessaire de garder de la place pour des activités économiques et d’éviter l’usage de terre agricole pour installer celles-ci. Les friches peuvent aussi être envisagées comme des opportunités pour des espaces culturels et artistiques, voir l’exemple du Centre Keramis à La Louvière.

 

Ensuite, si elles sont une réserve foncière intéressante, on ne peut plus ignorer leur capacité de réserve de biodiversité. En effet, ces lieux délaissés vivent des dynamiques spontanées rarement possibles sur le reste du territoire (sur-)aménagé. Dans le rapport FrichNat, les chercheurs comparent les friches aux sites Natura2000 par leur richesse en espèces, dont des espèces protégées, parfois plus nombreuses que dans certaines réserves naturelles. Il est utile de rappeler ici l’objectif régional des 5% du territoire transformé en réserves naturelles à l’horizon 2030. Les friches représentent une opportunité de création de ces réserves en Wallonie tout en intégrant le maillage vert dans des villes telles que Liège, Mons ou Charleroi.

 

Enfin, faut-il toujours raser l’existant, recommencer d’une page blanche, pour régénérer les friches ? Si pour les enjeux de biodiversité, cette solution est une catastrophe, elle pose aussi des questions en termes d’éthique en construction. On le sait, le secteur de la construction est l’un des secteurs le plus polluants en Europe. Quelle place donner à la rénovation, la vraie, et à la récupération dans les projets de réhabilitation de friches ? En effet, les friches sont aussi des réserves non négligeables de matériaux. Si la politique semble faire marche arrière en matière de primes à la rénovation, d’outils et d’avantages fiscaux, des initiatives existent. En 2025, la Maison de l’Urbanité vous présentait le projet circulaire des ACEC porté par SPI. La circularité et le recyclage des matériaux, cela concerne aussi le logement. Avons-nous encore besoin de construire du neuf ? Si nous tenterons de répondre à cette question plus en détail dans de prochains débats, une chose semble déjà validée de tous : c’est en donnant des clés aux acteurs privés, les acteurs les plus influents du territoire aujourd’hui, qu’on parviendra à faire de la rénovation une pratique courante et prépondérante.

 

Faut-il alors parfois laisser la friche en friche ? Ca aussi, ça dépend des cas… Ces non-lieux, à l’abri des regards, sont souvent romantisés comme des espaces de liberté car ils semblent moins régis par les règles de nos espaces publics. Il n’en reste pas moins que ces friches peuvent être dangereuses : souvent polluées, dont les structures de bâtiments endommagées risquent de s’effondrer, etc. Peut-on mettre des limites à cette liberté sans l’abimer ? Dans le cas du Champs des possibles à Montréal présenté par Pavel Kunysz, cette question était au centre de nombreux débats. De lourdes responsabilités ont été imposées aux associations faites responsables des lieux. En réponse, celles-ci ont choisi la sensibilisation à la biodiversité et au vivre ensemble à travers des petits gestes pour responsabiliser les usagers : création d’une zone de feu autorisé, mise à disposition de matériel, etc. Ce n’est pas possible partout. Dans de nombreux cas, les usages sont contraints et limités pour faciliter l’acceptabilité d’un projet ou l’occupation des lieux.

 

La conclusion de ce débat 

Les friches sont une reserve foncière pour le logement mais pas que ! Si nous souhaitons soutenir la régénération des lieux en vacance pour le bien du vivant, de nos lieux de vie et de nos villes, l’urgence est à la sortie de nos stratégies mono fonctionnelles héritées du passé moderniste. Aujourd’hui, les espaces doivent être pensés pour accueillir une mixité d’usages et d’usagers et aussi, pour être réversibles dans le temps. Les usages évoluent vite et nous ne connaissons pas encore les enjeux de demain. Nos lieux doivent pouvoir évoluer facilement avec eux. Pour la suite, il paraît urgent que les acteurs publics se dotent d’une stratégie concrète concernant les prochains espaces à urbaniser, à réhabiliter et ceux à préserver ainsi que des outils qui permettent d’appliquer celle-ci.

 ...l’urgence est à la sortie de nos stratégies mono fonctionnelles héritées du passé moderniste.

Merci aux intervenant.e.s : Bernadette Merenne (Maison de l’Urbanité), Aurélie Cauchie (Canopea), Pavel Kunysz (architecte sociologue indépendant) et Sydney Vandenhende (Thomas & Piron). Un grand merci aux participants également pour ce riche débat !

 


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