Rapport UD 11 : les îlots de chaleur Comment réduire leur impact ? Le cas de Liège.
Caroline Rondelle, Maison de l’Urbanité ASBL
En cette fin d'été rythmée par les épisodes de canicule, la Maison de l'Urbanité vous invitait à débattre du sujet des îlots de chaleur urbains lors de notre 11e Urba-Débat. Nous avions invité Eric Hallot, géographe et responsable de la cellule ISSeP, Michel Duc, attaché au cabinet de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme, des Espaces verts et de la Propreté de la Ville de Liège, et Thomas Halford, ingénieur forestier à la Ville de Liège, à dresser un état des lieux de la situation liégeoise et à présenter les avancées du Plan Canopée.
Télécharger leurs présentations ici :
Dès l'introduction du débat, par Bernadette Merenne, vice-présidente de la Maison de l’Urbanité, le ton est donné. La Ville de Liège s'est dotée d'un plan audacieux en matière de gestion climatique avec son Plan Canopée. Pourtant, les chiffres de surmortalité lors des épisodes caniculaires de l'été explosent dans notre vallée : 80 % à Liège, pour une moyenne de 49 % en Wallonie et de 30 % en Flandre. Pour mieux se représenter l'ampleur de ces chiffres, sachez que la journée la plus meurtrière de ces épisodes de canicule équivaut à un taux de mortalité similaire à l'une des journées les plus meurtrières de l'épidémie de Covid-19.
Alors, un Plan Canopée ambitieux, peut-être. Mais comment expliquer ces chiffres ? Est-ce suffisant ? Que reste-t-il à faire ?
"Le temps n'est plus à la réflexion mais à l'adaptation" - E. Hallot
Nous n'entrerons pas dans le détail des nombreux critères qui peuvent influencer ces chiffres : implantation de nombreux hôpitaux sur le territoire, densité, etc. Ce que ces chiffres démontrent tout de même, c'est que nous ne sommes pas encore prêts à affronter ces événements, aujourd'hui exceptionnels, mais qui vont continuer à s'intensifier, en fréquence comme en durée. Comme l'explique Eric Hallot, le temps n'est plus à la réflexion, mais à l'adaptation.
Si l'impact de ces événements sur la santé ne vous paraît pas un argument suffisant pour réagir, sachez que des impacts connus existent sur un ensemble de secteurs qui nous concernent tous :
Économie : la baisse de productivité due à la chaleur a entraîné un déficit de près d'1 % du PIB (CERAC, 2026) ;
Infrastructures : dégradation des espaces publics et des routes, forte tension sur les réseaux d'énergie dû notamment à la climatisation, manque d’eau.
Aujourd'hui, les impacts les plus importants des canicules semblent se concentrer dans les centres-villes. Attention toutefois : les projections pour un monde à + 3 degrés, qui semble de plus en plus proche, nous alertent. Dans ce scénario, toutes les centralités périphériques seront touchées (voir carte). Cela signifie que 70 % du bâti résidentiel risque la surchauffe, chiffre auquel il faut encore ajouter les entreprises, les équipements publics, etc.

©Eric Hallot
Pour en savoir plus sur les chiffres de vulnérabilité, un outil a été publié sur le site de l'AWAC. Celui-ci permet de croiser de nombreux indicateurs pour, notamment, définir des zones prioritaires en matière d'îlots de chaleur. Parmi ces critères, on retrouve la qualité du bâti et la densité, mais aussi la végétalisation des quartiers ainsi que l'accessibilité à ces zones vertes. En effet, l'effet principal d'un arbre sur la chaleur, c'est l'ombre qu'il crée : si les arbres plantés sont situés dans des lieux inaccessibles, ils ne profiteront pas aux usagers.
À Liège, l'arborisation de la ville est devenue une priorité depuis 2018 avec l'adoption du Plan Climat, explique Michel Duc. La ville possédait alors 31 % de couvert arboré. L'objectif est d'augmenter ce chiffre de 3 % d'ici 2050. Si ce gain peut sembler faible, voici quelques chiffres à considérer : 3 % de plus, c'est végétaliser au moins 206 ha de surface en ville, autrement dit planter 24 000 nouveaux arbres. C'est un million d'euros qui est dédié au projet chaque année.
Comme le rappelle Thomas Halford, il faut être réaliste : planter un arbre, ce n'est pas sans contrainte. Certains aménageurs ont parfois considéré les arbres comme on considère un banc public, une sorte de mobilier qu'il suffit de poser dans l'espace public. Or planter un arbre et s'assurer de sa pérennité, c'est bien plus complexe. Cela demande de l'espace, de la technique et de l'entretien, notamment pour la gestion des eaux. L'idéal serait même d'aller plus loin : ne pas dépendre de l'eau de ville, mais plutôt des eaux de pluie. Les fosses doivent alors être accompagnées de noues, de bordures percées, de strates végétales…
Un autre élément de contrainte non négligeable, c'est le riverain. La plantation d'arbres se retrouve souvent en compétition avec un autre chouchou des habitants et des commerçants : le parking automobile. Toucher aux places de parking dans le centre-ville, c'est encore loin d'être toléré, malgré tous les apports prouvés d'une rue arborée. Cette compétition est d'autant plus marquée dans l'hypercentre, où la pression sur le stationnement est déjà grande. La mobilité ne peut en effet pas être négligée. Tout est affaire d'équilibre : même avec du parking disponible, personne ne fera plus son shopping dans une rue à 50 °C.
Il faut donc valoriser la végétation en ville auprès des habitant·e·s et des usager·e·s. D'autant qu'une grande partie de l'objectif du Plan Canopée repose sur le privé. En effet, selon les données, 1050 ha de surfaces potentiellement végétalisables se trouvent sur des terrains privés. Plusieurs actions de sensibilisation ont été réalisées dans le cadre du Plan Canopée. Malheureusement, certains quartiers manquent à l'appel (voir carte), notamment lors des semaines de l'arbre. Cela s'explique probablement par la forte densité et la minéralité de ces zones. C'est dans ces quartiers que les efforts publics doivent être multipliés, comme c'est en cours en Outremeuse ou dans le Longdoz, où les microprojets se multiplient.
Dans l’autre sens, les mobilisations d’habitants pour la sauvegarde d’espace végétalisées se multiplient partout dans la région. Qu’il s’agit de forêt, comme à Burenville, ou d’espaces plus modestes comme au Cadran, toutes ces mobilisations rappellent l’importance des espaces verts pour le collectif. On ne peut donc pas uniquement mettre la responsabilité du manque de végétal sur le citoyen !
D’autre part, quand on parle d'îlots de chaleur urbains, peut-on compter uniquement sur les arbres ? Comme dit plus tôt, l'essentiel du rafraîchissement apporté par les arbres est dû à leur ombrage (dont l'ombre portée). Malheureusement, celle-ci s'étend rarement au-delà de l'espace public, jusqu'au R+2. C'est essentiel, mais pas suffisant pour rafraîchir les bâtiments aux étages supérieurs. Pour les bâtiments existants, d'autres solutions existent, comme les façades ou les toitures végétalisées, même si la capacité de rafraîchissement de ces dernières se limite à l'étage inférieur. Pour ce qui est du neuf ou de la grosse rénovation, il faut penser la climatisation du bâtiment dès sa conception : non pas par l'ajout de climatiseurs, mais par l'orientation, la proportion de vitrage, l'usage de volets, de toitures débordantes. Pour les centres trop denses, aux sous-sols trop complexes pour y planter, d'autres options existent aussi ! Inspirons-nous de ce qui se fait ailleurs : voiles d'ombrage, adaptation des modes de vie, de nos horaires, de nos activités…
Au-delà même de la lutte contre la chaleur, arbres et parcs transforment nos espaces publics : ils rendent la ville plus agréable, plus respirable, plus vivable. Voilà bien des raisons suffisantes d'en planter toujours plus dans nos villes !
Pour aller plus loin :
- Le Plan Canopée de la Ville de Liège, Gilles Foret, Thomas Halford et Michel Duc (CEP56) : https://www.maisondelurbanite.org/post/le-plan-canop%C3%A9e-de-la-ville-de-li%C3%A8ge
- Habiter avec la chaleur, Clément Gaillard (CEP55)
- Compte rendu d’atelier : îlot de chaleur et aménagement du territoire, Canopée et ISSep : https://www.canopea.be/wp-content/uploads/2026/05/Canopea_ISSeP_Ateliers-Ilots-chaleur-Amenagement-du-territoire.pdf



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