Régénérer les interstices urbains à Waremme
- Auteur externe
- 17 mars
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Gilles Delfosse, Atelier CUP - Paysage & Urbanisme pour le CEP57 (mars 2026)
À Waremme, la transformation d’espaces urbains résiduels, issus de l’histoire et des évolutions successives de la ville, s’inscrit depuis plusieurs années dans une volonté affirmée d’améliorer le cadre de vie et de renforcer la place de la nature en milieu urbain. Le parc du Brouck et le parc du Tumulus illustrent cette dynamique à deux moments différents : l’un en cours de chantier, l’autre déjà approprié par les habitants. Tous deux montrent comment la régénération de lieux devenus ordinaires peut recréer du lien entre nature, usages et vie de quartier.

Vue d'ambiance du futur parc du Brouck, mettant en scène la renaturation du site et le pavillon communautaire ©Atelier CUP
Des espaces ordinaires issus de l’évolution urbaine
Comme dans de nombreuses villes, le tissu urbain de Waremme s’est constitué par strates successives. Au fil du temps, certains espaces ont vu leur fonction évoluer, se transformer ou se diluer, sans toujours bénéficier d’un projet global capable de leur donner une identité claire. Parkings, espaces techniques, zones minéralisées ou cœurs d’îlots peu lisibles composent ainsi un ensemble de lieux ordinaires, souvent relégués au second plan mais pourtant situés au cœur du quotidien des habitants.
Depuis plusieurs années, la Ville de Waremme s’inscrit dans une démarche visant à améliorer progressivement ces espaces publics, non pas en cherchant à créer de nouveaux lieux, mais en valorisant l’existant. Cette volonté se traduit par une attention accrue portée à la qualité du cadre de vie, à la place de la nature en ville et à la reconquête d’espaces capables de jouer un rôle structurant à l’échelle des quartiers.
Le parc du Brouck et le parc du Tumulus s’inscrivent pleinement dans cette dynamique. À travers des contextes et des contraintes différentes, ils révèlent le potentiel latent de ces sites discrets, longtemps perçus comme secondaires et montrent comment une approche attentive peut les transformer en véritables lieux de vie.
Au fil du temps, certains espaces ont vu leur fonction évoluer, se transformer ou se diluer, sans toujours bénéficier d’un projet global capable de leur donner une identité claire.
Axonométrie du parc du Brouck, transformation du cœur d'ilot minéralisé en parc paysager ©Atelier CUP
Le parc du Brouck : réparer un sol, renouer avec un paysage
Situé en cœur d’îlot, le site du Brouck présentait jusqu’il y a peu une configuration fortement minéralisée, fragmentée et peu lisible. Parkings asphaltés, boxes de garage, équipements vieillissants et terrains de sport sous-utilisés occupaient l’espace, tandis que le Geer, pourtant présent en lisière, demeurait largement imperceptible pour les riverains.
Le projet du parc du Brouck propose un changement de regard radical sur ce site. La première ambition est de réparer un sol largement imperméabilisé, en réintroduisant des surfaces perméables et des sols vivants. La désimperméabilisation s’accompagne d’une renaturation progressive du site, intégrant des dispositifs de gestion intégrée des eaux pluviales. Les noues paysagères et les zones d’infiltration permettent de gérer l’eau au plus près de là où elle tombe, tout en contribuant à la création d’îlots de fraîcheur.
La transformation du site ne se limite pas à un réaménagement paysager. Elle s’inscrit dans une logique plus large de recomposition des usages et des fonctions. Le projet clarifie les cheminements, revoit l’implantation des équipements existants et réorganise les espaces de stationnement afin de libérer de la place pour le végétal et les usages collectifs. Cette nouvelle organisation améliore la lisibilité du site et favorise une appropriation plus équilibrée par l’ensemble des publics.
Le Geer devient alors un élément structurant du projet. Redonné à voir et à comprendre, il retrouve un rôle paysager, écologique et pédagogique. Les berges sont restaurées, les continuités écologiques renforcées, et des micro-habitats sont intégrés afin de favoriser le développement de la biodiversité en milieu urbain.
Au-delà de ces enjeux environnementaux, le parc est conçu comme un support vivant du territoire. Les sols, la végétation et les aménagements sont pensés pour évoluer dans le temps, s’adapter aux usages et aux conditions climatiques, tout en accueillant des espaces de loisirs, de détente et de rencontre. Le parc du Brouck devient ainsi un lieu capable de concilier fonctions écologiques et usages quotidiens, sans figer le paysage dans une image définitive.
Concevoir avec les habitants : du projet à l’appropriation
Pour les deux projets, la démarche de conception s’appuie sur une implication active des habitants et des acteurs locaux dès les premières phases. L’objectif n’est pas d’ajouter la participation comme une étape annexe, mais bien d’en faire un socle du projet.
Les usages existants, les attentes exprimées et les pratiques quotidiennes constituent la matière première de la réflexion. Ateliers, échanges et temps de concertation permettent d’orienter les choix programmatiques et spatiaux, tout en intégrant les contraintes techniques et réglementaires propres à chaque site.
Dans ce contexte, le projet joue un rôle de médiation. Il met en dialogue des ambitions parfois divergentes — environnementales, sociales ou fonctionnelles — pour aboutir à des espaces lisibles, partagés et appropriables. En s’impliquant dans la transformation de leur cadre de vie, les habitants deviennent acteurs de la régénération du site.
Axonométrie du parc du Tumulus montrant la transformation d'un îlot technique en parc urbain de proximité ©Atelier CUP
Le parc du Tumulus : la transformation d’un espace technique en lieu de rencontre
À l’inverse du Brouck, le site du Tumulus n’était pas un espace dominé par la voiture, mais un îlot urbain conçu à l’origine pour répondre à une fonction strictement technique, accueillant un bassin d’orage enterré. Jamais pensé comme un espace public, ce site entièrement minéralisé manquait d’identité et s’intégrait difficilement dans son environnement, malgré la présence d’écoles et sa situation centrale au cœur d’un quartier résidentiel.
Le projet du parc du Tumulus a engagé la transformation de ce site sans réelle vocation urbaine en un véritable lieu de rencontre à l’échelle du quartier. L’aménagement a permis de faire émerger un parc urbain accessible à tous, combinant poches de végétation multi-strates, plaine de jeux, zones de repos et une placette dédiée à l’organisation d’événements citoyens. Un jardin de pluie complète le dispositif et assure une gestion alternative des eaux pluviales, en cohérence avec la stratégie paysagère du projet.
Aujourd’hui aménagé, le parc du Tumulus est pleinement investi par les habitants et les usagers des écoles voisines. Il démontre comment un espace initialement conçu pour une fonction technique peut, par une intervention mesurée, contextualisée et attentive aux usages, devenir un lieu de partage, de rencontre et de détente au quotidien.

Espace de repos du parc Tumulus ©Atelier CUP
Régénérer l’ordinaire
Ni le parc du Brouck ni le parc du Tumulus ne reposent sur des gestes spectaculaires. Leur force réside au contraire dans des interventions ciblées, sobres et évolutives, capables de transformer des situations ordinaires en espaces de vie qualitatifs.
La régénération s’y exprime comme une manière de concevoir le projet : travailler avec l’existant, accepter les contraintes, composer avec le temps, et concevoir des espaces capables d’évoluer avec les usages et le vivant. Ancrés dans leur contexte local, ces projets montrent qu’il est possible de rendre des espaces complexes à la population et d’améliorer concrètement le cadre de vie, en replaçant la nature et les usages au cœur de la réflexion urbaine.











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