L’eau : quelles stratégies pour lui (re)faire une place sur nos territoires ?
- Maison de l'Urbanité
- 17 mars
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 mars
Marine Boscardin, Rapport de l'UD8 pour le CEP57 (mars 2026)
En janvier 2026, la Maison de l’Urbanité a organisé son huitième Urba-débat sur la place de l’eau. Celui-ci a réuni citoyens, experts et élus autour de la question « quelles stratégies pour refaire une place à l’eau sur nos territoires ? » Pour y répondre et ouvrir le débat, nous avons réuni autour de la table Joël Privot du centre LEMA de l’ULiège, Bruno Khuat Duy du Service des cours d’eau de la Province de Liège, Arnaud Collignon de Spadel et Valérie Dumoulin directrice du Parc naturel des Sources.
Une marche arrière nécessaire
L’histoire de nos villes nous rappelle qu’avant d’être domestiquée et canalisée, l’eau était visible et omniprésente sur le territoire. Avant le 18ème siècle, Liège était recouverte de multiples bras d’eau desservant zones marécageuses et humides.
La croissance démographique, l’évolution des villes et les contraintes que cela engendre ont influencé une urbanisation qui a amenuisé et réduit l’espace laissé à l’eau. Résultat ? Une eau cachée dans des canalisations parfois bien trop vétustes qui manifeste aujourd’hui la nécessité de retrouver sa place et son lit majeur.
Quelques siècles plus tard, les inondations de 2021 marquent le territoire wallon. Au-delà de ce phénomène climatique à grande échelle, ce sont 1/3 des ménages wallons qui sont régulièrement confrontés à des inondations par débordement et par ruissellement.
Ces inondations, qu’elles soient périodiques ou récurrentes ne laissent plus le choix de repenser le parcours de l’eau et impliquent la nécessité d’un retour en arrière. Comment infiltrer plutôt qu’évacuer ? Comment retenir et stocker une denrée qui deviendra rare ? Le point de départ de l’aménagement ou du ré-aménagement des communes et de leur territoire doit se faire, selon Joël Privot, à partir d’une stratégie de gestion des eaux.
Accompagner les communes dans leur étude et leur stratégie hydraulique
Pour qu’une étude hydraulique soit pertinente et efficace, la question posée dès le départ doit être formulée adéquatement. Cela permettra d’apporter de la précision sur l’identification de zones sensibles et inondables en vue d’établir, par un bureau d’urbanisme, des mesures et un plan d’action créatif qui intègrera dès le départ la dynamique de l’eau en vue de s’y adapter.
Une fois l’étude hydraulique réalisée, les priorités seront, d’une part, la communication avec les riverains et d’autre part, à charge de la commune, la mise en œuvre d’aménagements efficaces, la maitrise du foncier selon les opportunités et l’intervention sur tous les ouvrages illégaux obstruant le passage de l’eau.
Pour agir avec pertinence, la coordination entre les élus, les experts et les citoyens est indispensable. Même si le travail relève de l’intérêt collectif qui n’est pas la somme des intérêts individuels, Bruno Khuat Duy nous rappelle l’importance d’impliquer les riverains dans le réaménagement et la gestion de l’eau avec des protections et des actions individuelles. L’homme ayant pris la place de l’eau, les riverains devront apprendre à vivre avec les crues qui sont des évènements naturels.
Faire place à l’eau avec l’hydrologie régénérative.
Retenir, ralentir, infiltrer, stocker, expanser, végétaliser, désimperméabiliser et renaturer sont les objectifs principaux pour vivre aujourd’hui avec l’eau et pas contre l’eau. L’hydrologie régénérative tend à répondre à ces objectifs et à restaurer le cycle de l’eau en utilisant des techniques adéquates d’aménagement du territoire. L’eau n’est plus vue commune une ennemie mais comme une alliée qu’il faut cultiver tant en milieu urbanisé qu’en milieu naturel et forestier.
Les forêts en Wallonie sont, pour la plupart, drainées, c’est-à-dire que l’eau de nos forêts est évacuée alors qu’elle est nécessaire pour remplir les nappes phréatiques et qu’elle joue un rôle indispensable dans l’évapotranspiration des arbres, à l’origine de 40% de nos pluies en Belgique.
C’est ce qu’on appelle l’eau verte. Comme pour la canalisation de l’eau dans nos villes, il est temps de faire marche arrière afin de ne plus drainer les sols de nos forêts.
Dans cet objectif, Spadel et le Parc naturel des Sources se sont unis pour quatre ans afin d’évaluer, au terme du projet de restauration du cycle de l’eau à Spa, les impacts des aménagements d’hydrologie régénérative sur la rétention et l’infiltration de l’eau lors d’évènements extrêmes tels que les fortes pluies ou les sècheresses. La volonté de cette union sera aussi de pouvoir créer, à terme, un catalogue de mesures en faveur de la restauration des équilibres hydrologiques comme un outil d’aide à la décision pour les communes et les autres parcs naturels en Wallonie.

Boulevard d'Avroy à Liège, inondations de 1926 ©Musée de la vie Wallonne



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