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Urbanisation, végétalisation et santé urbaine locale : explorer le potentiel de la végétalisation urbaine comme levier de santé, d’inclusion sociale et de durabilité dans la commune de Chênée à Liège.

Auteur externe
il y a 3 heures
6 min de lecture

Junior Mbangala (PhD in Urban Sustainability, Kellogg College, University of Oxford)


L'urbanisation rapide à laquelle nous sommes confrontés, et qui devient une réalité tangible, pose des défis en matière de santé publique au sein des villes. Ces défis nous invitent à repenser l'urbanisme et offrent l'occasion de réfléchir à la manière de concevoir des villes saines. Le nouveau projet d’aménagement du site LPB dans la commune de Chênée s’inscrit non seulement dans une démarche de durabilité mais aussi de santé publique urbaine. 


Construire des villes en bonne santé

L'initiative ‘Healthy New Towns’, traduit par ‘Nouvelles villes en bonne santé’ est un programme du Service national de santé (NHS) en Angleterre qui vise à améliorer la santé et le bien-être et à réduire les inégalités dans les nouveaux lotissements grâce à une conception favorable à la santé, à des soins de santé innovants et à un renforcement des liens communautaires sur dix sites pilotes (Watts, et al., 2020). Les nouvelles villes en bonne santé ont pour objectif de s'attaquer à toute une série de problèmes de santé en milieu urbain, notamment les troubles respiratoires, les maladies infectieuses et non transmissibles, les troubles cognitifs, les allergies, les affections cutanées et les problèmes de santé mentale (Richards et al., 2023). Ces interventions ciblent les déterminants urbains sous-jacents de la santé, tels que les logements insalubres, la surpopulation, la pollution, l’humidité et l’exposition à des substances toxiques. Le NHS en Angleterre définit les nouvelles villes en bonne santé comme des communautés conçues pour améliorer la santé et le bien-être des résidents en intégrant des éléments favorisant la santé dans l’environnement bâti. Cela implique de s’attaquer aux déterminants plus larges de la santé par le biais d’un urbanisme et d’une conception innovants. D’ici 2050, la population urbaine mondiale devrait presque doubler, avec environ deux tiers de la population vivant dans des villes et des agglomérations (Balk et al., 2023), la croissance la plus rapide se produisant en Asie et en Afrique (PNUD, 2017). Les villes occupent une place de plus en plus centrale dans la vie économique, sociale et culturelle, mais cette concentration intensifie les pressions sur le logement, les infrastructures et les services publics, posant d’importants défis en matière de durabilité (ONU, 2018). L’urbanisation rapide nécessite donc des espaces qui façonnent le cadre de vie et favorisent activement la santé et le bien-être.


Future passerelle cyclo-piétonne qui reliera le centre de Chênée, la gare et le nouveau parc aménagé sur l'ancienne friche LBP ©Michel Desvigne Paysagiste, Greisch, Canevas


Accessibilité piétonne et espaces verts

L'objectif de développement durable n° 11 des Nations unies préconise de rendre les villes et les établissements humains inclusifs, sûrs, résilients et durables, ce qui favorise le développement des villes nouvelles en bonne santé. Il est également possible d'établir des projections concernant la réduction de la pollution atmosphérique grâce à une planification urbaine réussie (Lin et al., 2024). Les zones urbaines se caractérisent souvent par d’importantes inégalités en matière de santé (Rydin, et al., 2012). En donnant la priorité aux infrastructures vertes et aux espaces verts dans l’urbanisme, les villes peuvent améliorer la qualité de l’air et favoriser le bien-être et la santé des habitants (Barton, 2009). Les espaces verts incitent également les habitants à pratiquer des activités physiques dans un air bien plus respirable. Ils réduisent par ailleurs le risque de certaines maladies, telles que l’obésité ou les maladies chroniques comme les maladies cardiovasculaires (Van Kamp et al., 2003) ; (Wolch et al., 2014). Ces efforts protègent non seulement la santé publique, mais renforcent également la cohésion sociale des villes et contribuent à l’équité sociale (Friel, et al., 2011). Bien que les espaces verts puissent contribuer au bien-être, ils doivent s’accompagner d’une gestion efficace des déchets et du respect des principes écologiques, afin de créer un environnement agréable (Childers, et al., 2015). Les personnes qui pratiquent la marche dans le cadre de leurs activités quotidiennes, comme faire leurs courses ou se rendre au travail, bénéficient d’effets bénéfiques sur la santé comparables à ceux associés à la pratique d’une activité physique structurée (Frank & Engelke, 2001). En effet, la marche à pied et l’accessibilité piétonne favorisent une plus grande satisfaction chez les habitants et de meilleurs résultats en matière de santé (Forsyth, 2015). Cependant, il est vrai que se concentrer sur la réduction de la dépendance à la voiture peut faire oublier les besoins diversifiés des différentes populations, en particulier celles vivant dans des zones à faibles revenus ou dans des villes où les infrastructures de transport public sont moins développées (Handy et al., 2002). Par exemple, les quartiers conçus en mettant l'accent sur l'accessibilité piétonne pourraient, sans le vouloir, faire grimper le coût du logement. Il convient donc d'éviter les inégalités socio-spatiales et de veiller à ce que l'urbanisme soit inclusif, dans le but de profiter à l'ensemble de la communauté.


Vers une approche intégrée de la santé urbaine appliquée au projet de Chênée

Dans cette continuité, le Plan Canopée de la Ville de Liège s’inscrit clairement dans une logique de santé urbaine et de résilience climatique, en mobilisant les arbres comme infrastructure écologique centrale de régulation thermique, de réduction des îlots de chaleur et d’amélioration du bien-être. En intégrant à la fois la conservation du patrimoine arboré, l’augmentation du couvert végétal, la compensation des abattages et l’implication citoyenne, il structure une politique opérationnelle de transformation du territoire fondée sur les services écosystémiques. Cette stratégie dépasse la seule dimension environnementale en produisant des effets directs sur la santé physique et mentale des habitants, rejoignant ainsi les principes des nouvelles villes en bonne santé. Le projet de réaménagement du site LBP à Chênée s’inscrit quant-à lui pleinement dans cette trajectoire stratégique en traduisant ces objectifs à l’échelle opérationnelle d’un quartier qui a été fortement exposé aux vulnérabilités climatiques lors des inondations de juillet 2021 (La Libre, 2021). La création de 14 000 m² d’espaces verts, la renaturation des berges de la Vesdre, ainsi que l’intégration d’une logique de mobilité douce et de désimperméabilisation des sols participent directement à l’augmentation du couvert végétal et à la restauration des fonctions écologiques urbaines visées par le Plan Canopée. De plus, la reconversion d’une friche industrielle sinistrée en 2021 en parc public multifonctionnel et en pôle de mobilité durable illustre une mise en œuvre concrète des principes de résilience, de santé environnementale et de reconnectivité territoriale. Ce projet apparaît ainsi comme un dispositif exemplaire d’articulation entre planification stratégique et transformation urbaine située, où le Plan Canopée fournit à Liège le cadre normatif et écologique, tandis que le projet de Chênée en constitue une traduction spatiale intégrée. La convergence entre végétalisation, gestion des risques d’inondation, mobilité active et requalification des espaces publics permet de dépasser une approche sectorielle de l’aménagement pour adopter une logique systémique proche du concept des nouvelles villes en bonne santé. 


Au Japon, par exemple, les grandes villes ont connu une urbanisation rapide, en particulier la région métropolitaine de Tokyo, dont la population est passée de 13 % de la population totale du pays en 1945 à près de 30 % en 2019 (Xu, Ma, Sho, & Seta, 2024). Cette croissance reflète une concentration unipolaire de la population, tandis que 40 des 47 préfectures sont confrontées à un déclin démographique dû à l’exode, ce qui met en évidence la polarisation croissante entre les zones métropolitaines et non métropolitaines. Le développement de  nouvelles villes saines à Sakai (Tokyo) a conduit à une réduction de la densité de population, avec pour effet positif de créer un sentiment d’appartenance dans les villes ciblées par le projet (Kato & Mori, 2024). Un autre exemple frappant est celui de la ville de Toronto au Canada. Grâce à un planning urbain à long terme, Toronto a développé de vastes parcs et de nombreuses pistes cyclables (Rydin, et al., 2012). Les quartiers disposant de plus d’espaces verts bénéficient d’une pollution atmosphérique moindre et d’une réduction du stress thermique (Douglas, Lennon, & Scott, 2017). La pollution atmosphérique étant associée à un risque accru de diabète, les espaces verts - en réduisant l’incidence du diabète dans ces zones - ont eu un impact direct sur les résultats en matière de santé dans la ville de Toronto (Li et al., 2019). Dans cette perspective, la commune de Chênée devient un cas particulièrement intéressant pour analyser comment en Belgique, les politiques urbaines contemporaines peuvent opérationnaliser conjointement santé, climat et cohésion sociale dans un même projet de territoire.


Photo représentant la rive gauche de la Vesdre à Chênée et le site LBP qui sera prochainement réaménagée ©Ville de Liège


Pour aller plus loin :

  • Raworth, K. (2018). La théorie du Donut : L'économie de demain en 7 principes. Plon

  • Charlot-Valdieu, C., & Outrequin, P. (2011). L'urbanisme durable : Concevoir un écoquartier. Questions et réponses. Le Moniteur.

  • Lévy, A. (2011). Ville, urbanisme et santé: Les trois révolutions. Éditions Pascal

  • Bowkett, A., & Norman, H. (2018). NHS Healthy New Towns Programme. Planning Theory & Practice, 19(4), 628–632. 


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