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Pratiques émergentes en faveur d'espaces publics désirables

  • Auteur externe
  • il y a 7 jours
  • 5 min de lecture

Bénédicte Dawance, architecte-urbaniste, coordinatrice de la Maison de l'urbanisme du Brabant-Wallon.


L’espace public est un lieu d’interactions, habité par des usages métissés. Renouer avec une désirabilité des espaces publics demande de se détourner pour un temps de sa matérialité.  Exploration autour de pratiques émergentes pour regarder autrement les espaces publics, décoder ses attachements pour les rendre pleinement désirables.


Exemple d'occupation du parvis du Centre Culturel du Brabant-Wallon (CCBW) - ©ccbw


Espace public désirable, levier de la politique d’optimisation spatiale

Le Schéma de Développement du Territoire adopté par la Wallonie nous invite à recentrer l’urbanisation. Les effets de cette politique sont directs sur les centres désormais estampés centralités, ou cœurs d’espaces excentrés. Il est néanmoins trop tôt pour en décrire les contours. Une chose est sûre, une pression sur les centralités s’exerce. Elle est déjà palpable par endroit. Est-ce à dire que les espaces excentrés seront épargnés ? Il n’en sera rien, là où la rareté impactera le marché. 


Les effets du recentrage de l’urbanisation sont attendus en matière de densification des espaces existants où , entre autres choses, les craintes de formes urbaines non intégrées sont dans toutes les bouches. Les discours de l’optimisation spatiale un brin alarmistes doivent être pourtant relativisés. Dans bon nombre d’endroits, l’optimisation spatiale poursuit une trajectoire déjà tracée et renforce des options politiques déjà prises. C’est le pas supplémentaire qu’il reste à faire. À d’autres endroits, c’est par contre un changement plus radical qui est attendu. Bon nombre de projets menés font figure d’exemples en démontrant que l’optimisation spatiale est aussi et avant tout une opportunité de requestionner les manières d’habiter et les usages quotidiens des lieux.


Dans les centres, qu’il s’agisse de centralités villageoises, de vastes zones périurbaines ou de centres urbains, c’est un urbanisme de régénération, d’opérations de renouvellement et d’intensification, d’ajustements, voire d’acupuncture qu’il s’agit à présent de mener. Cette posture induit une approche éminemment contextuelle faite d’une attention aux structures bâties et aux espaces d’entre-deux. Ceux-ci ne sont non plus considérés comme vides résultants où seule une attention aux espaces publics majeurs compte, mais comme espaces de projets dans leur ensemble. Dans ce contexte, l’espace public ne peut plus se cantonner à être cet utilitaire fonctionnel de déplacement et de desserte, il devient, dans ses moindres interstices, espace de vie et d’interactions, habité par des usages métissés. Le devenir des centralités ne peut se passer d’une profonde réflexion sur les espaces publics pour les rendre désirables. 


Espace public désirable, de quoi parle-t-on ?

Que peut-on entendre et attendre d’un espace public désirable ? 

Dans le cadre d’ateliers participatifs menés par notre Maison de l’urbanisme en Brabant wallon, plusieurs leviers pour rendre nos centralités attractives pour toutes les fonctions qui les vivifient ont été définis. Ils touchent aux services, aux fonctions activatrices, à l’environnement encapacitant et aux facultés d’inviter à la rencontre, à l’accès à des ressources naturelles et la pratique du sport, tous deux facteurs de santé et d’équilibre…  Autant d’ingrédients pour concevoir des centralités reliantes où l’espace public joue un rôle fondateur.


Commencer par le début 

Ces grandes et belles intentions de réenchantement des lieux nous donnent envie d’investir significativement l’espace public. Le remanier là où sa fonction de déplacement a pris le pas, là où la place du piéton et la fonction de séjour se sont effacées, là où le bitume a recouvert le sol, effaçant les traces du vivant. En forçant le trait, on pourrait dire que nos réflexes « bulldozer » seraient encore bien présents pour effacer et reconstruire. Or, il n’en est rien, hormis de rares cas où une démarche résolument interventionniste se justifie pleinement. L’heure est plus souvent aux projets finement cousus, résultant de contraintes budgétaires serrées et d’une complexité croissante dans la mise en place de projets. S’en mêle une esthétique de la sobriété. 


Cependant, renouer avec une désirabilité des espaces publics demande de regarder ailleurs, et de se détourner pour un temps de la matérialité des aménagements. Regarder ailleurs… ou plutôt apprendre à regarder à nouveau, à observer un espace public par ses usages avant même de s’attarder à sa matérialité. Observer les pratiques, et comment ce lieu fait communauté ou, au contraire, est lieu d’exclusion ou de conflits. Si l’espace public est par définition un « lieu des publics », il est tout autant porteur d’appropriations, d’histoires personnelles et intimes. Les ateliers participatifs menés en Brabant wallon ont été à cet effet révélateurs. Ici, l’exercice de projetation sur les espaces publics ont fait émerger une imagination, une lucidité, des élans naturels au collectif que les autres fonctions du territoire n’égalent pas. C’est dire le pouvoir des espaces publics à rendre nos centralités désirables !



Atelier participatif sur les centralités à Grez-Doiceau

©ccbw


Mettre en usage plutôt qu’aménager

Observer, décoder les usages et les pratiques existantes sur le lieu devrait être un élément fondateur du cahier des charges. Les espaces publics sont généralement projetés avec une prédominance pour les considérations morphologiques, à l’instar des espaces bâtis. Cette pratique est questionnable lorsqu’on considère l’ensemble des espaces ; y compris ceux non ou peu configurés, pourtant parfois intenses en usages (lieux de rendez-vous, lieux de croisement…) ou au contraire étonnamment pauvres en appropriations. Il est ainsi primordial de regarder avant tout l’ensemble des espaces publics au départ des flux, de leur intensité, des vécus et des perceptions. Les abords du Centre culturel du Brabant wallon qui abrite notre Maison de l’urbanisme est un bon exemple. Ni tout à fait place, ni tout à fait rue (malgré son nom), davantage parvis à la fois d’un centre culturel et d’une école, mais aussi espaces de flux cyclo-piétons, de stationnement, de logistique, sans omettre une proximité directe de la rivière et du train. Tout cela dans un espace que les documents de planologie peinent à placer dans la maille structurante des espaces publics majeurs de la centralité. La réalité en atteste autrement. Ce lieu hybride abrite des usages intenses dans un espace aux contours flous. Et ce lieu n’est pas une exception.


Des pratiques émergentes

Prendre un temps pour décoder le lieu avant même d’envisager d’autres fonctionnalités, en quelque sorte le donner à voir pour en comprendre les besoins : cette étape semble évidente. Pourtant, elle ouvre une brèche dans les méthodes de conception classique. Une brèche que le Centre culturel du Brabant wallon emprunte avec ce désir d’interroger les usages et les représentations de l’espace public aux abords avec un panel d’usagers en convoquant la démarche artistique, de tester d’autres façons d’utiliser le lieu, de s’approprier les espaces, de susciter l’attachement, de revoir le lien au vivant. La volonté est aussi de faire émerger une programmation issue de ce partage d’envies, de l’émergence des opportunités mais aussi de la conscience des contraintes du lieu. Ces pratiques, empruntes de l’urbanisme culturel français et nées d’une hybridation méthodologique,  invitent à convoquer d’autres métiers et d’autres savoirs. Ici l’aménageur côtoie l’anthropologue et l’artiste, à la rencontre du logisticien, des services communaux en charge de la gestion, du directeur d’école, de ses étudiants, ou encore de l’environnementaliste, du cycliste et du commerçant. Toutes ces forces vives sont utiles et nécessaires pour réenchanter le lieu dans toute ses fonctionnalités et donner à voir ses  attachements. Cette démarche, préalable aux étapes d’esquisse et de projet, veut aussi acter une méthode transposable à d’autres contextes, au service des collectivités pour des espaces publics désirables.  


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